Personne ne viendra nous sauver, c'est pourquoi nous devons prendre notre destin en main
Allocution officielle du Directeur général de l’OECO
Le professeur Justin Robinson, de l'UWI Five Isles, a lancé un cri d'alarme courageux dans son article largement diffusé intitulé « Personne ne viendra nous sauver ». Il a raison : personne ne viendra nous sauver. Comme le prophète Bob Marley nous en avertissait déjà dans Real Situation : « ...examinez la situation réelle / nation contre nation... eh bien, cela ressemble à une destruction totale, la seule solution / Et cela ne sert à rien — personne ne peut plus les arrêter maintenant ».
Marley avait prévu, il y a 45 ans, que c'est là que nous nous dirigions. Aujourd'hui, le professeur Robinson sort du confort de l'académie pour proclamer que personne ne viendra nous sauver et, ce faisant, il relève le défi selon lequel « nul autre que nous-mêmes ne peut libérer nos esprits (et nos nations) ». L’année écoulée a balayé une illusion caribéenne de longue date : l’idée que le système international, des partenaires bienveillants ou des liens historiques nous protègeraient en cas de difficulté. Ce ne sera pas le cas. Les grandes puissances se recalibrent en fonction de leurs propres intérêts. Les financements concessionnels se réduisent. Les portes de la migration se referment. L’ordre fondé sur des règles que l’on nous a appris à respecter s’efface dès qu’il devient gênant pour les puissants.
Il ne s’agit pas d’un choc temporaire. C’est un changement structurel.
Mais voici l’essentiel : le fait que personne ne vienne nous sauver n’est pas une tragédie ; ce doit être un moment de clarté. Cela nous oblige à affronter une question plus profonde que nous avons reportée trop longtemps : que signifie réellement « se sauver soi-même », en pratique, pour de petits États comme les nôtres ?
Pour l’OECO, la réponse n’est ni l’isolement ni la bravade. C’est la conception systémique.
L'autosuffisance n'est pas l'isolement
Il existe un mythe persistant selon lequel l'autosuffisance signifie rester seul. Pour les petits États, ce mythe est dangereux. La véritable souveraineté ne s’exerce pas en prétendant que la taille n’a pas d’importance. Elle s’exerce en mettant en commun nos capacités là où la taille est un désavantage, et en agissant collectivement là où la fragmentation affaiblit notre influence.
C’est précisément la raison d’être de l’OECO.
La Caraïbe orientale a déjà démontré que des institutions partagées peuvent approfondir la souveraineté au lieu de la diluer. Une monnaie commune. Une Cour suprême unique. La libre circulation des personnes. Une représentation extérieure coordonnée. Ce ne sont pas des concepts théoriques. Ce sont des réalités vécues. Elles prouvent que les petits États survivent non pas en étant autosuffisants, mais en étant stratégiquement organisés.
Le défi consiste désormais à appliquer cette même logique, de manière plus délibérée, aux réalités économiques et géopolitiques actuelles.
Le monde a changé, notre modèle de fonctionnement doit changer aussi
L’environnement auquel la Caraïbe est confrontée ne permet plus de se contenter de réformes incrémentales. La géopolitique façonne désormais directement l’accès au financement, au commerce, aux données, à l’énergie et à la mobilité. Les financements des donateurs deviennent plus conditionnels et moins fiables. L’espace de manœuvre politique se réduit, souvent sans avertissement.
Dans ce contexte, la fragmentation — entre pays, secteurs et institutions — n’est plus un inconvénient gérable. C’est un handicap stratégique.
Se sauver soi-même exige donc un changement de mentalité et d’action. Pas plus de projets, mais des systèmes plus robustes. Pas de plans plus longs, mais une stratégie adaptative. Pas une conformité réactive, mais un engagement ancré dans nos intérêts.
À quoi ressemble le fait de « se sauver soi-même » en pratique ?
Premièrement, nous devons traiter les systèmes régionaux comme des actifs stratégiques. L’éducation, l’infrastructure numérique, la résilience climatique, les systèmes énergétiques et la gouvernance des données ne sont pas de simples dépenses sociales. Ce sont des sources de compétitivité et de pouvoir de négociation. S’ils s’effondrent dès que le financement extérieur cesse, alors ce n’était pas du développement dès le départ.
Deuxièmement, nous devons rendre la fragmentation politiquement et économiquement coûteuse. L’intégration fonctionne au sein de l’OECO parce que le coût de l’isolement est clair. Cette clarté doit désormais s’étendre à l’investissement, à la réglementation et aux négociations externes.
Cela place également une responsabilité sur les gouvernements comme sur les oppositions. En cette ère de pressions externes accrues, la souveraineté peut être affaiblie par l'opportunisme politique à court terme. Il est impératif d’établir des « lignes rouges » d’intérêt national qui transcendent les cycles électoraux — sur des sujets tels que l’intégration régionale, la citoyenneté, la sécurité et l’alignement extérieur. La souveraineté ne doit pas être un instrument tactique pour conquérir le pouvoir.
Troisièmement, nous devons remplacer la planification rigide par une adaptabilité disciplinée. L’incertitude est désormais notre environnement opérationnel. Les institutions doivent être conçues pour apprendre, s’ajuster et corriger leur trajectoire sans perdre leur crédibilité.
Quatrièmement, nous devons convertir nos vulnérabilités en expertise exportable. La résilience climatique, la gestion des risques de catastrophe et les énergies renouvelables sont des espaces d’opportunité, à condition d’être construits à l’échelle régionale.
Enfin, nous devons parler d’une seule voix ou accepter que l’on parle pour nous. Dans un monde fragmenté, quinze positions non coordonnées sont facilement ignorées. Une position régionale cohérente n’est pas de l’idéalisme. C’est de la survie.
Un moment de choix
Le professeur Robinson a raison : le développement n’est pas un problème technique attendant un énième rapport. C’est un choix politique et institutionnel. Qui bénéficie du statu quo ? Qui paie le prix de la fragmentation ?
Personne ne viendra nous sauver. L’illusion est terminée.
Mais l’expérience de l’OECO montre une chose tout aussi importante : se sauver nous-mêmes n’est pas au-dessus de nos forces. Cela exige de la clarté, du courage pour s’intégrer plus profondément et la discipline nécessaire pour bâtir des systèmes pérennes. Il ne s’agit pas de rejeter le monde, mais de s’y engager selon des termes qui protègent notre capacité d’agir, notre dignité et nos choix futurs.
La question n’est plus de savoir si nous comprenons la situation. Elle est de savoir si nous agirons en conséquence.